HELLO

Untitled, 2020, pigments, silicone, variable dimensions

Née à Lausanne, Vanessa Safavi aura une enfance voyageuse, presque nomade. Dès 2003, elle étudie à l’Ecole cantonale d’art de Lausanne (ECAL) où elle obtient son diplôme en arts visuels en 2007. Des résidences artistiques ponctueront sa carrière pour l’emmener de Paris à Cape Town, de Johannesburg à New York, du Pérou, au Brésil, à Heiligenberg, ou encore à Rome en 2021. Parallèlement à ses activités artistiques, elle exercera la profession de procès-verbaliste auprès du Secrétariat d’Etat aux migrations à Berne (2008-2010), alimentant ses recherches sur les questions de territoires, colonisation et flux migratoires. En 2018, elle reprend des études à la Haute école d’art et de design de Genève (HEAD), obtenant un master en 2020. Dès les années 2010, Vanessa Safavi jouit d’une reconnaissance critique en Suisse et à l’étranger. Ses œuvres sont présentées au Kunsthaus Glarus à Glaris (2011), pour une première exposition personnelle d’envergure, qui sera suivie de présentations monographiques à Altkirch, à Paris et à Bâle (2012), à Sao Paulo (2014), à Bentheim (2016) et à Fribourg (2019). Récompensé en 2012 par le Prix Illy, puis en 2019, par le prix Irène Raymond, son travail est régulièrement montré en galeries, à Berlin, Bruxelles, Athènes, Londres ou encore à Zurich.

Les premières recherches de Vanessa Safavi sont fortement influencées par sa propre identité culturelle, à cheval sur trois pays, deux continents. Durant plusieurs années, elle va explorer des questions liées aux mouvements de populations, au tourisme et à la notion d’exotisme, aiguillée notamment par la lecture de Claude Lévi-Strauss. Ce sera tout d’abord le désert (Real Life is Elsewhere, 2011), qu’elle rencontre en Afrique, qui va venir habiter ses expositions sous forme d’étendues sableuses emplissant l’espace. La question de l’altérité et de l’aliénation au sein d’une même communauté est évoquée avec Les Figures autonomes (2011), de fines sculptures métalliques aux dessins géométriques qui s’élancent verticalement dans l’espace telles des figures simplifiées. Peu après, Safavi réalise une installation formée d’oiseaux taxidermisés – petits perroquets, perruches, canaris – déposés sur le sol (Each Colour is a Gift for you, 2012). Ces délicats volatiles aux couleurs chatoyantes incarnent une forme stéréotypée de l’exotisme : chantante, virevoltante, colorée. En les présentant sans vie, tristes reliquats d’une domestication forcée, l’artiste révèle, avec une éloquente économie de moyen, l’échec de l’utopie coloniale et de ses appropriations culturelles. 

Après cette phase nourrie par une forme d’engagement sociétal, Vanessa Safavi retourne aux fondamentaux de la sculpture et développe une exploration approfondie des matériaux. Elle en étire les possibilités tant physiques que symboliques, et saute aisément d’un univers plastique à l’autre en fonction du récit qui l’intéresse. Dans ce sillage, les caoutchoucs, le silicone, la résine, les plastiques deviennent vite des éléments essentiels de son travail. Plus particulièrement, la sensualité du silicone, sa texture proche de la peau, ses propriétés de mutabilité, ses effets de transparence, associé à des connotations médicales, fétichistes ou encore féminines vont lui permettre de développer différentes séries de sculptures. Associé à du sable et des coquillages (Intérieures, 2013), entortillé à une barre métallique (So Many Banana Skins in the Pathway (Holding Substitute I), 2016), ou encore emprisonné dans une cage en bois (The Witness, 2017), le silicone devient, entre ses mains, un fabuleux conteur d’histoires. Guidée par les influences croisées de Lygia Clarke et Lynda Benglis, comme par les exubérances joyeuses de la pop culture, celles d’un Ettore Sotsass ou d’un John MCracken, Safavi a su développer un langage singulier, parfois savant, toujours plein d’esprit, infusé d’abstraction géométrique et de post-minimalisme, et aussi ludique que sensuel.

Séverine Fromaigeat

Untitled, 2020, (detail), variable dimensions

Born in Lausanne, Vanessa Safavi will have a traveling, almost nomadic childhood. In 2003, she studied at the Cantonal Art School of Lausanne (ECAL) where she obtained her diploma in visual arts in 2007. Artistic residencies punctuated her career to take her from Paris to Cape Town, from Johannesburg to New York , from Peru to Heiligenberg, or even to Rome in 2021. Along with her artistic activities, she will work as a recorder with the State Secretariat for Migration in Bern (2008-2010), fueling her research on questions of territories, colonization and migratory flows. In 2018, she resumed studies at the Geneva University of Art and Design (HEAD), obtaining a master’s degree in 2020. From the 2010s, Vanessa Safavi enjoyed critical recognition in Switzerland and abroad. His works are presented at the Kunsthaus Glarus in Glarus (2011), for a first major solo exhibition, which will be followed by monographic presentations in Altkirch, Paris and Basel (2012), Sao Paulo (2014), Bentheim ( 2016) and in Friborg (2019). Awarded in 2012 by the Illy Prize, then in 2019, by the Irène Raymond Prize, her work is regularly shown in galleries, in Berlin, Brussels, Athens, London and even in Zurich.

Vanessa Safavi’s early research is strongly influenced by her own cultural identity, spanning three countries, two continents. For several years, she will explore issues related to population movements, tourism and the notion of exoticism, guided in particular by reading Claude Lévi-Strauss. It will first be the desert (Real Life is Elsewhere, 2011), which she encounters in Africa, which will come to inhabit her exhibitions in the form of sandy expanses filling space. The question of otherness and alienation within the same community is evoked with Autonomous Figures (2011), thin metallic sculptures with geometric designs that soar vertically in space like simplified figures. Shortly after, Safavi created an installation made up of taxidermized birds – small parrots, parakeets, canaries – deposited on the ground (Each Color is a Gift for you, 2012). These delicate birds with shimmering colors embody a stereotypical form of exoticism: singing, twirling, colorful. By presenting them lifeless, sad remnants of forced domestication, the artist reveals, with eloquent economy of means, the failure of colonial utopia and its cultural appropriations.
After this phase nourished by a form of societal commitment, Vanessa Safavi returns to the fundamentals of sculpture and develops an in-depth exploration of materials. She stretches both physical and symbolic possibilities, and easily jumps from one plastic universe to another depending on the story that interests her. In this wake, rubbers, silicone, resin, plastics quickly become essential elements of his work. More particularly, the sensuality of silicone, its texture close to the skin, its mutability properties, its transparency effects, associated with medical, fetishist or even feminine connotations will allow him to develop different series of sculptures. Associated with sand and shells (Interiores, 2013), entwined with a metal bar (So Many Banana Skins in the Pathway (Holding Substitute I), 2016), or imprisoned in a wooden cage (The Witness, 2017), silicone becomes, in his hands, a fabulous storyteller. Guided by the crossed influences of Lygia Clarke and Lynda Benglis, as well as by the joyful exuberances of pop culture, those of Ettore Sotsass or John MCracken, Safavi has developed a singular language, sometimes learned, always full of spirit, infused with geometric abstraction and post-minimalism, and as playful as it is sensual.

Séverine Fromaigeat